
« …Pendant la nuit nous avons quitté les côtes espagnoles et rejoins l’Algérie à l’est d’Oran. La côte est encore plus dentelée.
Après le petit déjeuner, quand je remonte sur le pont, le bateau fait des signaux à un poste sur la côte. Oran est paraît-il au fond, après le promontoire. Ce poste est tout blanc, comme il se doit. Il doit y avoir du tangage ce matin et pas mal de gens ne se sentent pas très bien. Il est temps que nous arrivions.
Voilà Oran ; à mesure que nous approchons, de grandes bâtisses se dessinent. La ville est surélevée et paraît jolie vue de la mer. A droite, nous voyons Mers-El-Kebir avec son promontoire par dessus lequel tiraient les anglais lors de l’attaque.
Nous accostons à 11 h. Le matin, nous avons reçu nos laissez-passer pour descendre à terre. Diverses gens pénètrent à bord ; les autorités policières du port, sans doute. Tout le monde déjeune à bord.
Je descends à terre l’après-midi avec Médinger. Pour sortir nous présentons nos cartes laissez-passer en bas du bateau et à la sortie du port. Bigre, il faut monter 203 marches pour arriver à hauteur de la ville. On évite ainsi le détour de la route de corniche. La première chose que je vois (car cela ressemble plutôt à une chose qu’à un homme) est un indigène loqueteux et infirme allongé sur un palier de l’escalier.
Drôle de réception. En arrivant dans le port aussi, j’ai vu la misère des indigènes à terre : d’abord ceux qui étaient sur le quai à charbon, tous noirs et sales, habillés de haillons, de sacs. les porteurs tous déguenillés, moins sales peut-être de charbon, mais également répugnants… »