Alexandre, Chapitre 17, La tranchée

Nous partîmes donc à la tranchée qui était distante de 200 mètres environ de la ferme où nous étions. Nous sommes restés dans la tranchée pendant 3 heures. Les obus allemands tombaient toujours sur le terrain d’aviation d’où l’on voyait se dégager une épaisse fumée noire. Quelques batteries de nos canons 75 avaient été démontées ce jour là. A coté du champ d’aviation un obus est tombé sur un caisson de munitions qui fit explosion. Notre artillerie perdit plus de 50 chevaux qui furent tués tous dans un même champ. Les artilleurs se sont sauvés avec les quelques chevaux qui leur restaient et sont revenus le soir complètement démoralisés se coucher dans la ferme où nous étions et ne sont allé chercher le reste de leurs canons que dans la nuit, les ramenant avec des hommes.

Dans la nuit du 5 au 6 nous ne nous sommes presque pas couchés. De la ville de Maubeuge venait une grande lueur rouge. La ville était toute en feu, et les obus allemands continuaient toujours à tomber. On n’osait presque pas se coucher de crainte de ne pas se réveiller à temps pour fuir devant l’incendie qu’aurait pu allumer un obus allemand tombant sur la ferme.

Je me suis tout de même couché, tant pis pour les obus !

Mais pas pout longtemps… car vers 11 heures nous avons eu alerte pour aller occuper des tranchées sur la 1ère ligne de feu. Nous partîmes avec peu d’espoir d’y retourner car le général nous avait dit que si nous aurions pu tenir jusqu’à midi nous étions bons, et que nous aurions été délivrés par une armée qui venait, nous disait–on, à notre secours et qu’on attendait depuis plusieurs jours déjà. Nous partions donc dans l’espoir de ne pas prendre part à un combat, étant toujours appelé à marcher les premiers quand il s’agissait de livrer combat. Nous marchions doucement par le bord de la route nous dirigeant vers un petit bourg appelé Assevent.

De tous les cotés on voyait des lueurs d’incendie. Maubeuge brulait depuis 2 jours et répandait une lueur rouge illuminant presque tous le pays. Nous arrivâmes enfin sur la ligne des tranchées qu’occupait le 145ème de ligne. Sans connaître le terrain nous primes possession des tranchées. Je me trouvais avec ma section à gauche de la route dans des tranchées qui n’étaient que commencées. Pendant la nuit nous essayâmes de dormir mais dès qu’on a pu on a commencé, à l’aide des quelques outils portatifs que nous avions, à creuser notre tranchée pour être mieux garantis des balles. De temps en temps quelques obus allemands venaient tomber non loin de nous.

Vers quatre heures du matin, la sentinelle qui se trouvait un peu au devant de nous nous signala l’ennemi à 200 m de nous. Les allemands, nous entendant arriver pendant la nuit, avait pris leurs dispositions pour nous attaquer au petit jour. Nous nous vîmes dans une grande plaine presque nue à coté de nous et sur le bord de la route une maison était complètement rasée, et nos tranchées inachevées ne comportant que des trous espacés par des banquettes de terre non enlevées ne nous permettaient pas de résister.

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