
Nous nous dirigeâmes alors par petits groupes vers Maubeuge. Tout le long de la route on ne voyait que des blessés se trainant de leur mieux, aidés de quelques camarades, vers les ambulances. Derrière nous le combat durait toujours. A hauteur du fort se trouvait des tranchées occupées par des territoriaux et quelques sections de mitrailleuses de nous autres qui étaient venus s’installer là aussi et qui attendaient que les allemands eussent été à leur portée pour tirer dessus.
Pendant ce temps le 31ème Colonial, qui avait perdu beaucoup d’officiers et de soldats, regagnait Maubeuge au fur et à mesure que les hommes arrivaient sur la route. Nous avions chaud et tout le long de la route nous nous arrêtions pour boire de l’eau et de la bière quand on en trouvait. Un lieutenant de la 17ème Compagnie arriva enfin et nous rassembla par Compagnie pour rentrer à Maubeuge.
Nous nous trouvions à 2 caporaux et une vingtaine d’hommes de la 18ème pour rentrer au cantonnement. Aussi le lendemain quand on fit l’appel il manquait pas mal d’hommes dans toutes les Compagnies. J’appris le lendemain que les allemands avaient eux aussi eu beaucoup de pertes en voulant nous poursuivre jusqu’au fort, car nos mitrailleuses qui se trouvaient dans les tranchées et nos canons de 75, quand il n’y avait plus des nôtres pour les empêcher de tirer, ont fait un véritable hécatombe d’allemands.
Dès que j’ai pu, je suis allé aussi voir si les camarades du pays étaient tous revenus. Je suis allé d’abord à la 14ème Compagnie qui était à coté de mon cantonnement où j’ai trouvé P., de Keraôul, Le F. T., de Kerguichard, et P., le gendre à « C. », auxquels j’ai aussi demandé des nouvelles de Louis Le C. ls m’ont dit alors que Louis n’était pas retourné mais qu’il ne devait être que blessé à la cuisse et qu’il était à l’hôpital. Plus tard j’appris qu’il y avait 2 Le C. à la 14ème Compagnie et qu’il y en avait un de blessé et l’autre avait disparu, tué ou fait prisonnier. J’appris aussi que B., le couvreur de Nonenou avait été tué, que Jean Baptiste R., le maçon de Laniscat, avait été blessé d’un éclat d’obus à l’épaule et que Raoul, de Perret, avait eu le genou brisé et qu’il avait fallut lui couper la jambe.