
Presque tous les jours il arrivait des convois de prisonniers venant de France, ou des hôpitaux allemands. C’est par ces prisonniers qui arrivaient que l’on arrivait à connaître quelques nouvelles de la guerre. C’est ainsi que nous avons su que les allemands s’étaient avancés jusqu’à Meaux et que de là ils avaient été repoussés avec des pertes considérables jusqu’à Reims.
Outre les nouvelles que les derniers prisonniers nous apportaient, nous en fabriquions nous-même dans le camp, qui étaient presque toujours très bonnes pour nous. C’est ainsi que nous avons appris à plusieurs reprises la prise de Metz, l’anéantissement de l’armée du Kronprinz, des centaines de milles de prisonniers etc…Les allemands qui venaient nombreux nous voir nous annonçaient de leur coté que Paris était « Kaput » et que la France était fichue.
Nous vivions dans une ignorance presque complète.
Quand nous écrivions nous ne pouvions pas mettre grand chose de crainte que nos cartes ne seraient pas allée à leur destination…et d’un autre coté sur les correspondances que nous recevions il y avaient aussi très peu de nouvelles. De mon coté j’étais inquiet sur les sorts de mon frère Emile et de mon frère Pierre. Depuis que j’étais parti de Cherbourg je n’avais pas eu de leurs nouvelles. Je savais qu’ils avaient été tous les deux en Belgique et que leurs régiments avaient subis de grandes pertes. Aussi fus-je heureux quand j’appris qu’Emile était en convalescence à la maison, ayant été atteint de 2 balles, et que Pierre était comme moi prisonnier en Allemagne.
Presque tous les jours il arrivait quelques blessés français venant des hôpitaux d’Allemagne. Beaucoup de ces prisonniers faisaient parti du 10ème corps d’armée de Rennes qui avait été en Belgique à la rencontre des allemands. Tous ils nous disaient que le 10ème corps avait été très éprouvé, d’où nous concluions que dans notre pays il y aurait eu beaucoup de disparus.
Nous discutions tous les jours sur la durée de la guerre et la date de notre départ. De temps en temps même il circulait une nouvelle annonçant un prochain échange de prisonniers.
Mais hélas ce jour là n’arriva pas.