
Hier encore une autre lettre est venue où l’on faisait allusion à un échange probable de prisonniers et que le parlement français devait discuter cette question le 22 Décembre. Nous ne demandons pas mieux que de partir malgré que nous ne fassions presque rien du matin au soir. Car les vivres paraissent diminuer beaucoup.
Le cantinier est parti et nous avons été une semaine sans pouvoir acheter du pain. Nous étions obligés de serrer un peu la ceinture et de nous contenter du peu que nous touchons à l’ordinaire. Il fallait donc se résigner à manger notre petite portion de pain, un peu de margarine et des rutabagas cuite simplement à l’eau. C’était tout à fait mauvais en plus qu’il n’y avait pas beaucoup.
Notre manger à donc été un peu changé et ce n’est pas en s’améliorant. C’est probablement au fur et à mesure que les vivres diminuent. Au commencement nous avions de la viande presque tous les jours avec, soit de la choucroute, ou des pommes de terre, soit du riz, où de la bouillie d’orge ou de maïs, soit enfin des haricots ou des petits pois, mais ces derniers cependant pas bien souvent. Avec cela nous touchions presque toujours en guise de repas froid de la saucisse et du boudin, ou du fromage, ou enfin des harengs de conserves que nous ne pouvions pas manger tellement ils étaient sales et dégoutants.
Maintenant notre menu se compose de notre ration de pain comme toujours, de lard frais 3 fois par semaine, de la morue une fois par semaine, du boeuf une ou deux fois, et 2 ou 3 jours sans viande. Avec cela nous touchons soit des pommes de terre ou des rutabagas, soit de la bouillie d’orge ou du riz, ou bien encore la bouille d’avoine. Les repas sont bien maigres quand on ne mange que 2 fois par jour en plus d’un quart de jus de chicorée que nous touchons le matin. Quand nous avons de la viande nous n’avons qu’un tout petit morceau pour un repas seulement, l’autre repas nous le passons très souvent avec rutabagas cuits à l’eau claire et un morceau de pain et de margarine s’il nous en reste.
Nous autres français nous sommes cependant mieux traités encore que les anglais, et les russes qui sont arrivés tout dernièrement plein de poux et crevant de faim. Les anglais ont les plus dures corvées et sont même plus mal nourris que nous. Les allemands sont assez aimables avec nous et nous disent souvent : « français camarades »…Mais en faisant un geste de mépris pour les anglais. Les russes sont consignés dans leurs baraques pendant 40 jours à cause de leur soi-disant maladie contagieuse et surtout à cause de leurs poux. Ils ont encore moins de pain que nous, du moins au commencement, et mangent des rutabagas plus souvent que nous.
La cantine est commencé à fonctionner de nouveau mais ne vend plus que du pain, du tabac et cigares et du savon. La cantine est maintenant tenue par des sous-officiers français et on fait les distributions de pain et de tabac par baraque. Mais le pain a renchérit de 1 sou et demie.