








Voici les dernières pages de son journal, commencé en 1942 :
« …Je suis arrivé à Valence le 23-10-1945. Joli voyage avec Puivif ; nuages. Mission mille le lendemain. Impression sur la ville (gens, maisons, rues) ; femme de Puivif. Je rencontre une femme (Dany May) peintre. Malheureusement elle me quitte à 2 heures du matin.
Je pars à Fribourg. Je ne peux plus souffrir le groupe. Le mauvais temps m’empêche de revenir à Valence. J’y retourne le 21-11-1945. Le lendemain je fais la connaissance d’Arlette.
Groupe 1/15. Trafic qu’ils font, certains sont corrects, d’autres ne le sont pas.
Ce soir je me suis assis à une petite table d’un petit restaurant. On y mange pas mal, je m’ennuie beaucoup, la serveuse est mignonne. En attendant mon potage je fais un tour dans la cour. Tout d’un coup un jeune homme de mon âge s’assied à ma table. – Je ne vous dérange pas ? me dit-il. – Je vous en prie, je m’ennuie un peu d’être seul. La figure franche aux traits réguliers, aux yeux clairs me met tout de suite en confiance. Je ne l’ai pas vu debout mais il doit être grand si j’en juge pas ses épaule et ses grandes mains. Ce gars doit plaire aux femmes. Je ne sais pas de quoi nous avons parlé. Sans doute de chez nous. Il est du Nord, ouvrier dans le textile, et partant me paraît encore plus sympathique, nous avons parlé du maquis du Vercors, de l’Amérique. – Dans le midi, ici, me dit-il, les gens sont pourris. Personne ne veut travailler. Chacun a sa combine pour gagner de l’argent. – C’est aussi mon avis, ce doit être le soleil qui les oblige au moindre effort. Oh, mais vous savez, dans toute la France c’est un peu pareil. – Pourtant on travaille d’avantage. – Etc…etc… La patronne vient s’asseoir à notre table, elle est du Nord également…sympa, bien en chair. Nous parlons de marché noir, pipe-lines, jeunes gens, etc…montagne, etc…
J’en ai marre.
31-10-1945 : Aujourd’hui il fait un temps de brouillard à ne pas voir à 10m. On s’ennuie et toutes sortes d’idées vous passent par la tête. J’en viens souvent à de tristes considérations sur l’Armée. Je parle du groupe : tout est à rénover. Il règne ici un esprit de caste déplorable. Qu’importe votre pilotage et votre travail si vous êtes capitaine et en jetez plein la vue. Si vous avez en plus une particule devant votre nom, tout vous est permis (je crois que le commandant regrette de n’avoir pas cet ornement aristocratique). Deux parties s’affrontent au groupe. Elles ne s’affrontent plutôt pas : l’une fait marcher l’autre. La première s’amuse, rafle tout, la deuxième travaille et ne peut que se taire. La première veut aller quelque part, elle prend un P38 et des centaines de litres d’essence (on trouve toujours des motifs de liaison quelconques), elle veut faire de l’accro, elle en fait, les voitures sont à leur disposition. Elle doit faire des missions ? L’altitude la dérange maintenant que les missions ne sont plus de guerre. La deuxième veut aller quelque part ? Pensez-vous, il y a trop de travail ; les distributions ? S’il en reste, elles s’entassent dans une voiture la plupart du temps découverte au heures de service. Jamais de liaisons intéressantes, des missions à haute altitude tant qu’on en voudra. Cette deuxième partie comprend les pilotes sous-lieutenants aspirants, les lieutenants sous-lieutenants des services ; je les plains ces gens car il rouspètent toujours mais jamais devant la 1ère. Ils en ont peur. Ce sont des chiens qui attendent la pâtée et qui vont maugréer dans un coin lorsqu’ils sont renvoyés. Est-ce cela la vie militaire dans un groupe ? Le servage organisé ? Où est le caractère que demande le Général de Gaulle ? Parlez moi du lécheur de bottes, celui là arrivera. L’homme de caractère n’a pas sa place dans l’Armée, ou du moins dans l’Armée d’à présent. Je suis terriblement amoureux de la règle, elle n’existe pas. L’officier d’à présent est un jouisseur de marché noir, un combinard jouant avec toutes les ficelles du jeu pour se faire une vie de petit prince. Je ne peux pas voir mon groupe en tant qu’entreprise civile, ce serait une faillite à grand scandale. Pourquoi Marianne encaisserait-elle tout cela ? Mon groupe a très bien marché pendant la guerre. L’attrait des décorations l’y poussait (on s’en aperçoit maintenant). L’organisation, l’entretien, tout était fourni par les américains.
Maintenant c’est la paix. Ces messieurs ont gagné honneur, galons et tout, et tout, et veulent se reposer sur leurs lauriers. Résultat : gabegie, désorganisation. La conscience s’effraie. Quel effet cela peut faire sur les nouvelles recrues que nous venons de toucher ? Les avions appartiennent aux plus hauts gradés…et les jeunes alors ? C’est principalement à eux qu’il importe de voler et de s’entraîner. Il y a quelque fois des inspections. L’inspecteur est en général un haut gradé. A qui s’adresse-t-il ? Aux hauts gradés du groupe. Il importe alors de lui en jeter plein la vue et notre inspecteur s’en va avec un rapport tonitruant…
Notes bibliographiques :
Histoire de l’Armée Allemande : A – Armistice-dissolution de l’Armée Impériale : de l’Armée impériale à la Reichswehr. – De l’offensive de Ludendorff à la victoire de Foch. – Les forces en présence au lendemain de l’armistice. – Le haut commandement rapporte trois avantages : il ne se mêle pas à la signature ; il obtient que le gouvernement le protège contre les conseils de soldats ; démobilisation qui le nécessitait. – Retour des Armées de l’ouest. – Démobilisation et congrès des conseils de soldats du 16/12. – Le combat devant le château de Berlin et la dissolution de l’Armée Impériale. B/ Reichswehr provisoire. – L’intervention de Naske. – Naissance des premiers corps francs. – Les corps francs conquièrent Berlin. – L’assemblée nationale et l’organisation de l’Armée nouvelle. – La Loi du 06/03/1919 sur la Reichswehr provisoire. – Les corps francs rétablissent l’ordre en Prusse, Brème, Westphalie, Halle. La semaine sanglante de Berlin. – La défense des frontières de l’est et la délimitation avec la Pologne. – La Reichswehr sauve l’unité du Reich : Magdebourg, Brunswick, Munich, Dresde, Leipzig. C/ Le traité de Versailles et la liquidation de la Reichswehr provisoire. – La conférence de Paris et les clauses militaires du traité de Versailles. – La signature du traité de paix : duel Ersberger – Scheidemann. – La signature du traité de paix : duel Groener – Reinhardt. – La signature du traité de paix : la débâcle.
La révolution du travail : il est souhaitable que la machine travail, production etc…marche comme dans ce bouquin.
La Chevalerie du travail : très intéressant, le travail au dessus de tout.
Le journal de la France : période avant la catastrophe. Il nous montre ce qu’il s’est passé.
Les Innocents : histoire de voyous (banal).
La guerre des boutons : livre sur les gosses, formidablement imagé et naturel.
Chasseurs du ciel (Cap. Accart) : montre que les aviateurs ont fait et bien fait leur devoir ; malheureusement on ne parle que de la chasse.
Le péché du monde : histoire d’une petite fille malheureuse de la pègre parisienne ; très bien.
Jean Barrois (Martin du Gard) : différents stades de la vie d’un homme en ce qui concerne la foi. De forte, elle pâlit pour disparaître et réapparaître juste à la fin.