
« …Puis à 6 h c’est le dîner 1er service. Je dîne au 2ème service à 7 h. Je me promène sur les ponts. C’est curieux, les militaires ne chantent ni ne jouent aujourd’hui. Le marin qui chantait si bien avant Casa est resté là-bas et il manque.
Après dîner nous nous promenons dans la nuit. Une chose me frappe aujourd’hui plus que précédemment : l’air provocateur des femmes. La mouche de la maladie de l’amour les a piquées et on sent des désirs dans l’air. Il y a des coins du bateau que je voudrais pas visiter à l’heure qu’il est. Je n’ai pas le temps de m’éterniser sur ce sujet qui me paraît très intéressant. Un camarade vient me chercher pour le bridge. Naturellement je me laisse faire et à minuit je me couche en évitant des ombres dans les coins.
Aujourd’hui, jour du Seigneur, je me lève à 8 h 1/2. La messe a lieu, mais les pères n’ont pas voulu qu’on joue et chante l’Ave Maria de Gounod : « c’est suffisant qu’on le joue pour la fête, disent-ils ». Bravo ! Ils ont mes suffrages. Ils sont « mignons » dans leurs vêtements blancs aujourd’hui. Quant à moi j’ai failli ne pas l’être, car j’ai juste eu le temps de me laver à 10 h.
Le temps est encore très beau et je viens écrire au salon des 1ères. Au déjeuner nous avons des tartes. Elles ne sont pas bonnes. Comme tous les autres jours je fais la sieste et somnole un peu sur ma couchette. Il est 3 h 1/2 et l’on m’attend pour bridger. J’en aurai fait des bridges pendant cette traversée ! Le « contrat » que nous jouons maintenant y met quand même un peu plus de variété.
De 6 à 7 je me promène un peu sur le pont. Il y fait bon quoique la température tombe. Un vent assez fort souffle du large, c’est sans doute l’alizé. Le dîner est convenable et je fais toujours honneur au vin. Je fais encore un tour sur le pont. la fraîcheur me conseille de ne pas y rester longtemps et c’est notre bridge du soir qui nous mène à 11 h 1/2. Avant de me coucher je reste discuter avec Royer. Puis je m’endors bercé par une petite houle.
Je me lève à 8 h. La température était bonne dans notre faux-pont. Le confort y manque mais contrairement à la plupart des dortoirs celui-ci est bien aéré. Comme à l’habitude je passe la matinée jusqu’à 10 h à chercher une douche ou un bain. Je trouve une salle de bain et j’y reste une heure ; tant pis s’il y en a qui attendent ! Ensuite, je me promène sur le bateau. Il fait chaud et je m’aperçois que les militaires ont reçu l’ordre de mettre leur casque. Ils sont presque continuellement au soleil aussi. Le temps est bizarre. Le soleil est pâle et pourtant il tape fort. Une brume sans doute d’orage estompe tout l’horizon et dure depuis quelques jours. Sur le pont des embarcations, on répète pour la fête. Des militaires chantent. Je me fais attraper par deux femmes qui vendent des billets de loterie. J’ai une faim de loup ce midi, à déjeuner. Comment vais-je passer mon après midi ?…