Alexandre, Chapitre 28, La vie au camp (5)

Dans le camp la vie marchait comme à l’ordinaire, ceux qui avaient de l’argent pour acheter du pain à la cantine n’étaient pas trop malheureux. Nous étions beaucoup du pays et on ne s’ennuyait pas de trop.

Un convoi de prisonnier est encore arrivé vers les premiers jours de novembre dans lequel se trouvait Hyacinthe P. et quelques autres du 74ème Territorial de St Brieuc. Il nous raconta un tas de blagues que nous n’avons pas toutes avalées.

Il y avait dans le camp toutes sortes d’amusements. Il y avait tous les soirs des concerts de chant et de musique, des luttes, des combats de boxe, des matches de football etc.… Les chansons nouvelles ne manquaient pas non plus. Plus de 50 chansons furent composées sur les menus de l’ordinaire et les moeurs du camp.

Le camp se trouvant sur une surface très plate, devint très sale lorsque les pluies ont commencées. Il fallait donc s’ingénier à trouver quelques choses pour empêcher nos pieds d’être constamment mouillés comme ils étaient toujours, à force de clapoter dans l’eau et la boue. Le remède fut vite trouvé et dans l’espace d’une semaine on put voir tout le monde marcher avec des patins, qui consistaient en une planche façonnée plus ou moins bien à la forme du soulier et attachée sous la semelle de soulier avec des courroies de sac.

Nous nous réunissions maintenant presque tous les soirs, nous autres gens du pays, pour jouer aux cartes. J’ai appris à jouer à la manille et je me plais très bien à la jouer en compagnies de Mathurin R., S. Ambroise, Le C. René, Tanguy de St Mayeux, P. Hyacinthe etc. Nous nous amusons très bien comme cela entre nous. De temps en temps nous causions du pays, et quand un reçoit une lettre il s’empresse de donner connaissance aux autres des nouvelles qui s’y trouvent.

Les rapports marchent toujours bien dans le camp : tantôt ils sont bons tantôt ils sont mauvais. On nous lit tous les jours un rapport dans notre baraque sur les événements de la guerre, qu’un instituteur travaillant à la salle des rapports trouve sur les journaux allemands et sur certaines lettres qui parviennent jusqu’au camp. Par exemple le fils A. qui est aussi prisonnier avait reçu une lettre de son père lui disant en breton à la fin de sa lettre qu’il avait donné son adresse à « Finemis de Fin-dedant ».

Cette lettre fit beaucoup de bruit dans le camp et beaucoup ont cru que vue la haute personnalité de celui qui avait écrit cette lettre, la guerre serait fini à la fin de Décembre… moi je ne le crois pas.

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