
Le 30 au soir, nous partîmes encore pour une destination que nous ne connaissions pas. Il faisait une nuit très sombre avec du brouillard : on ne voyait rien et on n’entendait que le grondement des canons qui ne cessaient pas une minute de tirer. Nous fîmes quelques kilomètres et nous arrêtâmes dans un champ où le commandant nous fit mettre en ligne de section par quatre. Nous restâmes ainsi pendant toute la nuit.
De temps en temps on entendait une fusillade : c’étaient des patrouilles qui s’étaient avancées et qui, trompées par l’obscurité s’étaient tirées, croit–on, les uns sur les autres. Nous devions nous trouver pas bien loin d’un fort quelconque car toute la nuit nous étions assourdis par la canonnade. Les obus allemands passaient aussi en sifflant au dessus de notre tête et nous passâmes ainsi tout la nuit grelottant de froid en nous couchant sur la terre humide.
Le matin à la pointe du jour nous vîmes que nous étions à coté d’une ferme dans laquelle une femme faisait la traite des vaches. Je me suis dirigé vers cette femme et lui ai acheté un quart de lait tout frais ; cela m’a remis un peu en place.
Finalement nous sommes retournés à Maubeuge sans savoir ce que nous étions venus faire là et pourquoi nous y avions passés la nuit. Le 30 nous avons eu repos mais le général commandant la place de Maubeuge avait lancé en ordre disant que la ville aurait pu être attaquée, peut être dans la nuit, et disant qu’il fallait lutter jusqu’au dernier.
Nous nous attendions donc à être attaqué, aussi dormait-on peu.