
« …Nous montons dans un car bondé qui pourtant passe tous les 1/4 d’heure. Beaucoup de gens, sans doute, n’oseraient pas monter dans un de ces cars. Il paraît que les indigènes sont pleins de poux etc…et que c’est contagieux. Je ne m’en suis pas aperçu et j’ai bien profité du pittoresque de la traversée de Casa au milieu d’arabes et de femmes voilées.
Au début, nous sommes dans la ville européenne puis nous abordons une ville indigène avec ses souks tout à fait différents. Ici, c’est le domaine de l’indigène. L’européen ne doit pas acheter ici. J’y vois beaucoup de petits ânes bien chargés avec un arabe en amazone dessus, à la manière des femmes dans les Hautes Pyrénées. Là-bas, la couleur du vêtement est noire, ici, elle est blanche sale. Je vois un ou deux chameaux aussi, accroupis sur les larges bas-côtés de la route. Après un ou deux virages, nous voilà à Bousbir.
Comme il y deux marins avec nous et que ce n’est ouvert pour eux qu’à 6 h, nous attendons en buvant un verre dans un petit café tout près de l’entrée. Deux ou trois petits cireurs de chaussures viennent nous embêter. Nous les laissons faire. Ils sont d’ailleurs rigolos. Un d’eux prends le reste de mon soda et le verse dans sa boîte à sous. Je me demande ce qu’il va en faire. Ils nous prennent les mégots de cigarettes aussi et se mettent à fumer comme des grands et à sortir la fumée par leur nez. Ils sont sales mais sympathiques.
Enfin nous entrons dans Bousbir. C’est toute une ville entourée de grands murs blancs dans laquelle on pénètre par un grand portail renforcé. Dès l’entrée nous sommes assaillis par une bande de femmes et, tout de suite, chacun a sa chacune. Si une autre veut vous séduire, votre première se défend à force de jargon arabe où je n’y comprends rien. Nous avons de la peine à marcher, nous avançons quand même et visitons les lieux. La grand rue de l’entrée est large avec un portail au milieu qui en fait presque deux places. On y vend de gâteaux de pâtisserie. Toutes les maisons sont de style marocain, blanches, mais presque pas de fenêtres. par les portes, on voit des femmes se peigner, se laver, etc…Elles ont l’air pauvre et sont mal habillées. Elles donnent l’impression d’être sales. Il paraît que non. De toutes façons, elles crient et celles qui sont avec nous ne nous laissent pas une minute de repos. Finalement, nous les envoyons au diable et nous nous retrouvons seuls.
On visite toute la « ville ». C’est étonnant, les femmes nous laissent tranquilles et ne nous invitent pas même quand on les regarde par les portes.
Il y a beaucoup de fontaines dans les petites rues et la plupart viennent s’y laver ou y chercher de l’au pour se laver. Elles n’ont sûrement pas l’eau courante. on y voit des vieilles aussi, qui mendient. Ce sont d’anciennes filles, sans doute. Quelques femmes sont simplement des gosses. J’en vois une dont les seins sont à peine formés. Je lui demande son âge : 12 ans me répond-elle. J’en suis un peu « baba ». J’en vois une aux formes plantureuses qui n’a qu’un slip et n’a sûrement pas plus de 14 ans ! Je remarque aussi une jolie petite habillée à l’européenne.
Il y a de nombreux petits cafés. Nous entrons dans un d’eux où on entend de la musique. Nous y buvons de la bonne limonade qui n’est pas saccharinée. Une petite boulotte vient nous embêter et m’égratigne tout en manquant de casser ma montre. Une jeune fille qui n’a pour vêtement qu’une serviette autour des reins s’amuse avec deux indigènes. Elle aime les batailles à ce que je vois. elle reçoit des coups mais revient à la charge. Elle a du plaisir à embêter les indigènes qui, paraît-il, méprisent ces femmes. En tous cas, cette petite est bien amusante. Elle nous dit qu’elle a 17 ans. Un de ses plaisirs est de montrer son sexe aux indigènes qui ont l’air de ne pas trouver cela à leur goût.
Nous sortons et discutons avec elle dehors. Elle est tout à fait gentille et généreuse. Elle nous offre des cigarettes. Ce n’est pas du tout le genre des filles de joie de France. J’ai l’occasion de voir une négresse splendide de corps et je m’aperçois que tout le monde l’admire à la dérobée.
Enfin, il est 7 h et comme je dois être à 8 h au « Porthos », je m’en vais à regret par l’autobus. les autres vont y rester jusqu’à minuit… »