
« …Ce matin, mercredi 14, je me lève dans une chaleur étouffante. Je flâne sur le pont et je laisse passer l’heure de la douche. Je trouve juste assez d’eau pour me raser.
J’ai terriblement chaud ce matin. J’ai mis une chemise bleue et c’est peut-être l’effet de cette couleur sombre.
Je me promène de pont en pont, cherchant le frais. De temps en temps on aperçoit un requin ou plutôt l’aileron du requin. Le mer est toujours calme, trop calme même car le voyage est monotone. Par endroit aussi on voit des petits bancs de poissons : des harengs sans doute. La tâche sur le mer est plus sombre et pleine de scintillements, sans doute un gros poisson les chasse. Je regrette de ne pas voir de poissons volants.
Enfin voilà le déjeuner. La journée est pour ainsi dire passée car je vais faire la sieste ou plutôt essayer de la faire car il fait bigrement chaud. Je n’ai pas encore pris mon casque ; je suis toujours à l’ombre. A 3 h, je fais le bridge habituel. Sur mon fauteuil de cuir, je me mouille tout le fond de la culotte. Je pense qu’en France il doit commencer à faire froid.
Un peu partout sur le bateau on met la dernière main à la préparation de la fête de ce soir. Je dîne à 7 h et fonce sur le pont des 1ères. C’est au salon qu’à lieu le fête. Il n’y a des places assises que pour les femmes. Les hommes se casent où ils peuvent : dehors surtout, dans embrasure des portes et des fenêtres. Je m’arrange un perchoir avec deux fauteuils et je ne suis pas trop mal placé. Je vois la scène et j’ai un peu d’air. Malgré la nuit, il fait une chaleur étouffante. C’est la présentation. elle laisse un peu à désirer. Puis les numéros se succèdent : moyen dans l’ensemble. Ce sont les enfants qui commencent. Ils sont bien rigolos. Des tours de chants succèdent. La Marseillaise à du succès. Un adjudant a une voix magnifique. Le numéro de la danseuse n’est pas mal du tout.
Puis vient l’entracte avec la vente aux enchère de deux gâteaux. Le 1er à enchérir monte à 1650 francs. L’acquéreur le donne aux enfants. Le 2ème à enchérir monte à 4700 francs. Il va également aux enfants. A eux deux, les gâteaux ne valent pas 500 francs. les enchères ont été un peu trop longues. J’ai une soif terrible et, sûr de perdre ma place, je vais boire. La fête a repris quand je reviens. Il fait si chaud que je m’en désintéresse. De temps en temps je me juche sur le bastingage et je vois quelques numéros. La fête finit à minuit. Je ne vais me coucher qu’à 1 h. Beaucoup de gens couchent sur le pont. Dans certains dortoirs, l’atmosphère est intenable. Dans le notre, il fait encore assez bon… »