Alexandre, Chapitre 14, Retraite

Ah ! C’est le cas de le dire ; je n’estimais pas beaucoup ma vie en ce moment. Le commandant nous donna ordre de commencer la retraite. Tout de suite des groupes ont commencé à partir, mais ils n’avaient fait à peine que quelques mètres que plusieurs d’entre eux tombaient, atteint de balles ou d’éclats d’obus. Pendant ce temps, blotti contre le talus de la route, je pensais à mon pays et à ma famille… Et je pensais en même temps que je ne les aurais plus revus.

Pourtant il fallait partir de là ou bien me faire prisonnier, ce que je ne voulais à aucun prix. Je rassemble donc tout mon courage et, profitant d’un moment d’accalmie, je suis parti tout seul courant comme un fou et me laissant tomber quand j’étais à bout d’haleine. Sur ma route je rencontrais des morts et des blessés ; on ne se voyait presque pas avec la fumée noire des gros obus Allemands et les balles sifflaient toujours.

Soudain, comme je courais de mon mieux, j’entendis un sifflement d’obus, et d’un coup j’ai été abattu et recouvert de terre. C’était un de ces gros obus qui venait de tomber à coté de moi et par le déplacement d’air m’avait abattu sans me faire aucun mal que me recouvrir de terre. Je me suis relevé et me suis encore mis à courir de plus belle ; sur mon chemin j’ai rencontré un sergent portant un sabre d’adjudant qui m’a remis ce sabre en me disant qu’il était blessé et qu’il ne pouvait plus le porter. Je suis enfin arrivé presqu’à bout de force au fort de La Salmagne où les balles n’arrivaient plus, heureux de m’être ainsi sauvé sans avoir reçu aucune blessure.

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