
On nous divisa alors par groupe de 12 et on nous conduisit ainsi à notre baraque. Celle–ci était inachevée ne comportant que des poteaux en bois de sapin et une toiture en planche qui laissait passer toute la pluie qui ne cessa de tomber toute la nuit.
Un officier allemand nous y conduisit et nous fit un petit discours en français sur notre installation. Il nous dit : « Fotre paraque n’est pas encore finie mais elle sera finie dans quelques jours, nous vous donnerons aussi de la paille, beaucoup de paille, nous vous donnerons aussi des petits couteaux, des petites cuillers et des petits fourchettes. Vous aurez une cantine et vous serez bien traités avec nous, tout cela viendra petit à petit à petit. »
Sur ces mots il nous quitta en nous disant qu’il avait hâte d’aller se coucher et nous laissa nous débrouiller sous cette baraque pleine d’eau et où le vent arrivait de tous les cotés. Je m’étendis cependant tellement j’étais fatigué, m’enroulant de mon mieux dans ma couverture et dans ma capote, et me suis endormi pendant 2 ou 3 heures. Lorsque je me suis réveillé j’étais tout transi de froid et me suis mis à courir pour me réchauffer un peu.
Dès qu’on a vu clair on s’est mis aussi à faire du café avec le restant de café que nous avions dans nos sacs. Pendant 2 jours nous avons dû nous contenter du peu de provisions que nous avions emportées de France.
On commença enfin à nous distribuer des pommes de terre, du pain et un peu de viande. Nous faisions la cuisine dehors avec des restants de planches que l’on trouvait. Pendant ce temps on travaillait à finir les baraques : on les recouvrit avec du papier goudronné et on finit par boucher les deux cotés par des cloisons en planches. Les cuisines étaient aussi en construction et dès qu’elles furent finies on désigna des cuisiniers pour y faire la cuisine par baraque.
La cantine fonctionna aussi ; on y vendait du tabac, du savon, des pipes allemandes etc … mais ce qui nous fallait c’était surtout du pain. Nous crevions de faim. Nous ne touchions que 300 gr de pain par jour avec très peu de viandes et des pommes de terre. Certains jours nous ne touchions même que de l’orge ou du riz où de la farine de maïs que l’on cuisait à l’eau comme l’on donne aux cochons chez nous. Nous mangions tout tellement nous avions faim. Nous fûmes ainsi pendant 8 jours. Nous tombions presque de faiblesse.
Les adjudants chefs de baraques avaient bien réclamés, mais on leur dit qu’on ne pouvait faire autrement et que les rations ne seraient pas augmentées. C’est alors que le cantinier s’est mis à vendre du pain. On se battait alors à la cantine pour avoir du pain que le cantinier vendait très cher. On passait quelque fois des journées entières devant la cantine pour avoir un morceau de pain et souvent le pain était déjà parti quand son tour arrivait.
Nous fûmes pendant une quinzaine de jours sans rien faire. Nous n’avions qu’à nous occuper de notre installation. Nous touchâmes de la paille, une couverture puis 2, ensuite, un couteau, une fourchette, et une cuillère pour ceux qui n’en avait pas.
Nous couchâmes longtemps sur notre paille étendue sur la terre humide de la baraque. Finalement on nous donna des planches pour mettre un plancher en dessous, et nous touchâmes ensuite des paillasses.