
« …Le matin j’ai un appétit féroce et je fais un trou dans l’assiette de pain. Heureusement qu’on en a comme on veut.
Tout le monde est content également ce matin.
Nous avons du tabac, cigarettes etc…à profusion et, moins cher qu’en France : 4,50frs le paquet de « bleues », 5,50frs le paquet de gris, 3frs les JOB, et des cigarettes à goût américain pour 9,50frs. Des cigarettes égyptiennes aussi à 20 ou 22frs.
Enfin, il y a de quoi faire envie à quelqu’un qui vient de France.
En me promenant sur le pont je vois des marsouins qui nous suivent et font de petits bonds à la surface de l’eau. Nous longeons toujours la côte, mais de plus en plus loin. Tout le monde parle du passage de Gibraltar. Il est attendu avec impatience et crainte à la fois.
Sur le tableau de bord est affiché une note :
« Toute personne qui se jette à l’eau servira de cible aux mitrailleuses et ne pourra sûrement pas rejoindre le bateau anglais qui viendra nous reconnaître ». S’il y en a qui espéraient sauter, cela doit les refroidir !
Après déjeuner, je vais faire la sieste sur ma couchette et je m’endors un peu. Je reviens me promener sur le pont des 1ères et un camarade et moi cherchons des joueurs de bridge. Nous n’en trouvons pas et l’après midi est assez longue.
Le temps à l’air de se gâter et on ne distingue plus très bien les côtes dont nous sommes assez éloignés. Pourvu qu’il fasse beau demain car, c’est demain que nous devons passer le détroit.
Nous allons à une vitesse d’escargot et ce sera ainsi jusqu’à Dakar, me dit-on.
Après dîner je fais une promenade de digestion sur les ponts. Il fait frais et je ne tarde pas à aller me coucher, ayant hâte au lendemain pour voir ce fameux rocher… »