Alexandre, La grande évasion (12)

Mais on n’a pas voulu aller plus loin parce que la ville était encore éclairée, c’était vers les onze heures et demie, quelque chose comme ça, c’était le dimanche ; il y avait du monde encore en circulation. On a pris le premier chemin qu’on a trouvé à notre droite, un petit sentier, mais qui conduisait encore à un pont, un pont de chemin de fer alors, qui devait enjamber une petite rivière qui venait se jeter dans le canal.

Et comme nous avions déjà passé un pont, nous avions peur de ne pas passer le deuxième. Alors nous avons franchi la petite rivière. Nous avons sauté dans la petite rivière pour aller de l’autre côté, pour contourner ce pont-là. Nous sommes arrivés dans un herbage ; il y a avait du fil de fer. De là, nous sommes entrés dans une espèce de jardin ; il y avait des allées, comme il y avait dans tous les jardins. Et finalement nous sommes arrivés derrière des maisons où il y avait des chiens qui commencent à aboyer.

Ah ! On a dit, il ne faut pas continuer là. Nous sommes donc revenus sur nos pas, nous avons retraversé la petite rivière. On en avait jusqu’à la poitrine, en marchant ; mais on était mouillés ! Et là, on a traversé le pont de chemin de fer presque à quatre pattes pour voir s’il y avait quelqu’un dessus, mais il n’y avait rien dessus.

De là nous avons contourné la ville. Nous savions que nous n’étions plus qu’à 4 ou 5 kilomètres de la frontière. Et nous avons mis quand même 4 ou 5 heures pour franchir ces 4 ou 5 kilomètres. On allait doucement, en écoutant de temps en temps, même au sol, et en regardant.

Nous avons traversé la frontière, on ne sait pas exactement où. On croyait qu’on était à la frontière parce que les routes étaient toutes dans le même sens. Finalement on est arrivé dans une espèce de carrière. Dans le bas de cette carrière, on voyait un grand champ de seigle ou d’avoine. On va dans ce champ-là, on le traverse ; pendant que nous étions au milieu du champ on entendait des camions passer sur une route qui était de l’autre côté. Et ce devait être même en Hollande, mais on ne savait pas, on n’était pas sûrs. On traverse cette route-là, nous dirigeant toujours à l’Ouest.

On avait décidé de marcher jusqu’à ce qu’on ait trouvé la Meuse. Parce que la Meuse, c’est une grande rivière qui longe la frontière allemande mais qui ne pénètre jamais : elle reste à 4 ou 5 kilomètres de la frontière allemande. Alors pour être sûr d’être en Hollande, il fallait marcher jusqu’à la Meuse.

Nous avons donc marché jusqu’à la Meuse ; nous sommes arrivés vers 3 ou 4 heures du matin. Les gens, c’était le 3 juillet, arrivaient déjà dans les champs, dans les prairies, pour charroyer le foin…

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