
Notre sort au point de vue de couchage allait, comme nous l’avait dit le capitaine allemand, en s’améliorant petit à petit mais au point de vue de nourriture il laissait beaucoup à désirer. En plus de la mauvaise qualité de la nourriture il n’y en avait pas assez. Nous avions tous les jours notre ration de 350 gr de pain mais avec ça très peu de viande et de légumes et encore pas tous les jours, et alors on avait soit de la choucroute, du riz, de la bouillie d’orge ou de maïs que l’on pouvait à peine manger, tellement c’était mauvais. C’était vraiment la misère.
L’on finit tout de même à vendre du pain à la cuisine à tout ceux qui en voulait ; l’on vendit aussi du fromage, de la saucisse, de la margarine, et même du beurre. Ce fut alors un bien être dans tout le camp, car malgré que tout était vendu très cher nous étions content d’en avoir. Nous payons un pain mélangé de farine de maïs et de blé 50 centimes les 2 livres, 10 sous la demie livre de margarine, 20 sous la demie livre de beurre, 16 sous la demie livre de fromage etc … Malgré la cherté de ces vivres beaucoup cependant ne mangèrent pas leur bouillie d’orge et de maïs, leurs harengs pourris que l’on touchait 2 fois par semaine, ni leur choucroute.
Ce que l’on touchait de bon c’était du lard, et du pain de seigle que tout le monde finit par trouver bon, mais qui avait pourtant un défaut qui était celui d’en avoir trop peu.
Au bout de quelques jours on nous permis d’écrire 5 cartes par groupe de 12 hommes. J’ai profité pour en écrire une sans avoir grand espoir cependant qu’elle serait allée à destination. Plus tard j’ai été content lorsque un mois après, j’ai eu la réponse de cette carte, qui fut la première que je recevais depuis que j’étais parti.
Nous avons commencé à sortir tous les jours pour l’exercice, qui consistait à des jeux et à une théorie sur le salut. Les allemands voulaient nous mettre à saluer tous les sous-officiers et officiers allemands ainsi que les sous-officiers français, mais ils ont du y renoncer voyant que nous n’en faisions aucun cas. Surtout pour les sous-officiers français.
Nous allions aussi faire des promenades hors du camp ce qui nous plaisait bien. Nous avons même bêché un champ qui se trouvait en friche et où le seigle est maintenant très beau. De temps en temps on allait en corvée à la gare ce qui nous plaisait toujours assez bien parce que cela nous permettait de sortir de notre camp.
Notre camp est grand d’environ 8 hectares entourés de 4 rangées de fil de fer. L’une à l’intérieur du camp qui mesure environ trois mètres de hauteur avec une rangée de ronces artificielles tous les 10 centimètres bien attachés à de solides poteaux. Une 2ème comportant un treillage de fil de fer, 2 rangées de fil de fer de ronce, et 2 rangées de fils électrisés. Et puis enfin une semblable à la 1er mais moins haute. Il y avait 3 portes d’entrées, une à l’ouest, une au sud et une au nord.
Dans le camp nous étions bien libres de nous promener, mais 8 hectares de terrain pour 20,000 hommes ce n’est pas bien grand et l’on se faisait un plaisir de sortir pour aller en corvée à la gare ou ailleurs.