
Nous voici maintenant au 16 décembre. Le rapport journalier qu’on nous a lu nous parle toujours d’un prochain échange de prisonniers, mais comme d’habitude, puisque ces nouvelles sont presque toutes d’après la gazette de Cologne, les allemands sont presque partout vainqueurs.
Noël approche et une société s’est formée dans le camp sous le nom « d’Arbre de Noël » pour faire une exposition à l’occasion de la fête et un concours pour les objets fabriqués par les prisonniers dans le camp et qui sera doté de plusieurs prix et médailles. Pour prendre part à ce concours il faut s’inscrire à l’avance et exposer son objet dans une baraque destinée à cet effet pour le 20 au plus tard. La société organise un concert musical pour les exposants et où on ne jouera qu’avec des instruments fabriqués dans le camp. Chaque exposant paye un droit d’entrée de 10 centimes par objet et fixe le prix de vente de son objet s’il veut le vendre ; une commission sera chargée de la vente de ces objets, qui pense pouvoir aller jusqu’à Wesel les exposer et les vendre. Le bénéfice résultant de ces ventes sera destiné à venir en aide aux infortunés du camp. Cette exposition s’annonce comme devant être très belle car depuis quelques jours dans toutes les baraques on travaille à la confection de toutes sortes de jouets et c’est à qui en fabriquera les plus originaux et les mieux faits.
Le 17 Décembre au soir, nous fûmes surpris en entendant toutes les cloches de Wesel sonner à toutes volées. Le lendemain nous avons su que c’était pour fêter une soi-disant grande bataille qu’ils auraient gagnée sur les russes et qu’ils annonçaient surtout pour enthousiasmer une partie de troupe qui partait ce jour là du coté des russes. Le 19, nôtre rapport journalier, lu tous les jours par un instituteur de notre baraque, nous dit que la grande victoire annoncée par les allemands s’annonçait plutôt en défaite.
Il nous dit aussi que l’offensive des troupes française est générale sur tout le front mais comme toujours les allemands disent qu’ils les repoussent.
Le 20 notre rapport nous apprend que Millerand, ministre de la guerre, avait dit au général Joffre d’aller un peu plus vite, et que le général Joffre aurait dit de le laisser encore 15 jours sur la défensive et que dans 15 jours il aurait donné une victoire complète.
Ce jour là est marqué aussi par un mandat que j’ai touché de mon frère Emile auquel je ne m’y attendais nullement.