
« …Je reviens à l’arrière et m’allonge sur un radeau. Le vent y est moins fort et j’ai le lune dans le yeux. Le terre commence à s’évanouir au loin. Cette brume de tout à l’heure est toute blanche au dessus de Marseille. C’est étonnant ces changements de couleur avec la distance. C’est peut-être aussi l’incidence des rayons de la lune qui produit cet effet. Pendant encore longtemps je distingue quelques lumières, puis plus rien que mon bateau qui glisse, attaché à la lune par son reflet dans l’eau.
Le sommeil me prends et je m’en vais dormir. Je voyage en seconde et la guerre laisse son empreinte même ici. Pourquoi suis-je juste à l’avant comme à la caserne les jours d’incorporation ? Ce n’est pas très intéressant. Je dors très bien quand même.
Au matin, un bruit de moteur, de sirène ou de je ne sais quoi réveille notre dortoir à 5h. Impossible de se rendormir. Un tuyau sur le plancher se permet d’avoir une fuite et c’est un bain de vapeur forcé que nous prenons au lever. Je file déjeuner et reviens sur le pont.
Nous rejoignons juste les côtes d’Espagne. Nous avons traversé le golfe du Lion sans encombre. Il me semble qu’il y a eu du tangage pendant la nuit… »