
Jusqu’au 10 octobre la grande majorité du camp était d’avis que pour la Toussaint tout serait fini et que nous aurions été tous chez nous. Les paris même marchaient. Moi j’avais parié avec Mathurin R. une bouteille de champagne que nous aurions été encore ici au mois de Décembre. Lui, il prétendait être parti pour la Toussaint ou fin novembre au plus tard.
Me voici aujourd’hui au 12 Décembre et ma bouteille de champagne, malgré que j’aurais voulu la perdre, est bien gagnée. La Toussaint passa donc et nous restâmes toujours enfermé dans notre cage aux fauves (comme on l’avait surnommée). A part cependant quelque uns qui avaient réussis à s’enfuir en gagnant la Hollande qui était distante d’une trentaine de Kilomètres.
Tous les dimanches il y avait messe, car il y avait avec nous plusieurs prêtres qui avaient demandés aux autorités allemandes la permission de célébrer la messe tous les dimanches. Ce qui leur fut accordé et on leur permis même de construire une petite chapelle dans le camp. Car ils sont considérés par les allemands comme des officiers et traités comme tels. C’est ainsi qu’ils sont groupés ensemble dans une baraque à part à coté de leur chapelle, qu’ils reçoivent un supplément de nourriture, et qu’ils n’ont à s’occuper de rien que du service du culte.
Il y a maintenant messe tous les jours, il y a confession et communion pour celui qui veut, et ils ont même des services à dire pour les morts de différentes compagnies de différents régiments qui leurs sont payés par les survivants des dits Compagnies et régiments. Ils ont fait donner un repas dans le camp pour différentes fêtes, telles que le lendemain de la Toussaint et le 8 Décembre pour la fête de l’immaculée conception. Mais par contre ils nous ont fait supprimer la viande le vendredi ce que du reste nous n’avons que 3 fois par semaine.
Il y a eu aussi, comme je le disais plus haut, des évasions du camp. La première fut un qui trouva le moyen de sortir du camp en se faufilant dans un tombereau qui sortait du camp et qui avait gagné parait-il la Hollande dans une auto qui l’attendait quelque part. Il y a eu d’autres qui ont essayés de faire le même coup en se fourrant dans une charrette parmi les épluchures de pomme de terre mais qui ont été découverts quand on a vidé à Wesel les charrettes d’épluchures. D’autres ont réussi à partir étant en promenade en restant cachés dans les bois.
Un autre enfin, un marsouin comme moi, était parti mais avait du retourner après trois jours sans manger et ayant perdu la direction à prendre. Il sut cependant qu’il était arrivé à 1 Kilomètre de la frontière Hollandaise quand il fut pris par les allemands. Aussi n’hésita-t-il pas à renouveler sa tentative, cette fois pour réussir, après avoir fait 15 jours de prison, et en emmenant avec lui d’autres camarades.
C’est ainsi que nous avons assisté à plusieurs fuites qui nous valaient à chaque fois une punition de huit jours sans fumer.