

Un dernier coup d’oeil sur la gare et sur ceux qui restaient et nous voilà partis vers une destinée inconnue. En passant par Liscuit j’ai vu par la fenêtre du wagon mon père et tous ceux du Liscuit en train de couper de l’avoine. Dans le train il y avait déjà beaucoup de monde et dans toutes les gares il y en avait toujours qui venaient augmenter le nombre. On buvait, on chantait, tout en conspuant Guillaume et en criant « A Berlin ! ».
A Loudéac nous avions environ 2 heures d’attente ; nous sommes allé en ville où nous avons bu quelques bouteilles de vin blanc ensemble avec Jean Marie Le B., Le T., Jean Marie de K., Théodore R., les deux fils A. de Restirou, Mathurin B. etc … c’est là aussi que nous avons appris que nous étions environné d’espions qui cherchaient à faire sauter les ponts ; nous n’avons pas su si c’était exact. Nous avons aussi appris que Garros, l’intrépide aviateur bien connu, avait détruit un dirigeable Allemand avec 32 officiers de l’état major. Nous avons su plus tard que cette nouvelle était inexacte.
Nous avons enfin repris le train pour St Brieuc où nous nous sommes encore arrêtés quelques temps, puis à Lamballe où nous avons changés de train, et où j’ai trouvé mon beau frère Pierre, mon cousin Charles Auguste de Plounévez, et la plupart de ceux qui avaient pris le train de 5h1/2 à Gouarec. Nous avons fait route alors jusqu’à Cherbourg… Nous avons passé toute la nuit dans le train dans des wagons à bestiaux qui étaient froids et pleins de courants d’air.
Dame ! C’était le commencement de la misère à laquelle il fallait bien s’habituer.