
« …A 3 h 1/2 ont lieu les courses de chevaux et c’est inutile de parler de bridge. Je n’ai pas envie de faire la sieste non plus. Je monte au pont des embarcations où des militaires s’exercent à chanter. Des sénégalais font une exhibition également. Un noir, entre autres, est formidable : il fait des bonds sur les coudes et la tête. il a un succès fou. J’entends un chien aboyer. Je vais le voir. C’est un chien loup et il paraît malade. Il respire très vite et semble implorer mon aide. Ses yeux sont expressifs. Je le caresse un peu et si je fais semblant de partir, il se met à gémir. Qu’elle a l’air malheureuse , la pauvre bête ! Quand elle me regarde de ses yeux si implorants elle me fait de la peine. Une dame vient lui tenir compagnie. De la façon qu’elle m’annonce qu’elle vient tous les soirs tenir compagnie à ce chien, je comprends que c’est une sorte de rendez-vous. Enfin, je quitte le chien. Il ne résistera sans doute pas à la colonie.
Trois ou quatre voiliers nous croisent. Ce sont sans doute des pêcheurs. ils filent par mal, mais bigre ! qu’ils tanguent et roulent ! Je donnerais cher pour faire une campagne là dessus. Puis voilà le course de chevaux. Elle a lieu sur le pont des 1ères dans un coin où il n’y a presque pas de places. Vraiment, il n’y a pas une organisation sur ce bateau. C’est une espèce de jeu de l’oie. On vend aux enchères les 6 chevaux. Le prix de la vente revient au propriétaire du vainqueur moins 25% pour les secours en mer. Il existe une PMU également. je ne m’y frotte pas. 4 ou 5 courses retiennent les acharnés . un officier du bord a son cheval qui gagne trois fois. Acheté 300 frs environ, il lui rapporte 1200 frs.
Avant dîner, je viens écrire au salon des 1ères. Une jeune fille joue du piano. Qu’est-ce qu’on peut entendre comme musique ces jours-ci !
A 7 h moins le quart, un convoi de 7 bateaux nous croise à notre gauche (à bâbord) venant de Dakar. Sa vitesse semble être supérieure à la notre. J’y distingue un pétrolier avec sa cheminée à l’arrière. Un grand bateau à forme archaïque en fait partie aussi.
Au dîner nous avons des éclairs pour dessert. Je reviens faire un tour sur le pont prendre l’air. Des militaires s’occupent de la représentation qu’ils vont organiser demain soir. On bûche l’éclairage. je vais encore jouer au bridge et avant de me coucher à minuit, je me promène sur le pont avec Royer.
Ce matin, mardi 13 octobre, St-Edouard, je me lève tard : 8 h 1/2. Depuis quelques jours je me lève tard et je dors d’un sommeil de plomb. C’est assez bizarre; Si je veux prendre mon petit déjeuner tous les matins, il faudra que je ne m’oublie pas au lit. Le temps est toujours le même : brumeux et chaud. La mer est toujours calme. Nous sommes cette fois à proximité d’une côte. Certains disent que c’est Port-Etienne, d’autres, que c’est la pointe Durnford. En tous cas, il y a des petites îles rocheuses et je penche plutôt pour la pointe… »