

« …Le lundi 5 octobre, je sors à 9 h.
Un nouveau coup de tampon sur mon laissez-passer et me voilà en ville.
Je passe un bon moment dans les souks où j’achète une paire de spartiates et me voilà à travers les rues.
Le peu que je puis voir m’apparaît très joli. Vraiment, Casablanca est bien.
Les rues sont larges, les avenues ont de beaux palmiers verts. Le boulevard de la gare est intéressant avec ses arcades de chaque côté. Les constructions sont toutes modernes et les magasins abondent de marchandises. Le vêtement est rationné ; vraiment, on se demande pourquoi car il y a profusion de tout. Les petits étalages de casse-croûte sont épatants aussi, avec les sandwiches aux brochettes, aux oeufs, etc… les oeufs surtout n’y font pas défaut. Où sont les restrictions de France : 12 f la douzaine d’oeufs.
Je faisan tour dans quelques magasins. on y trouve de tout également. Je me demande ce que signifie la nécessité d’un bon pour acheter un pull-over…il suffit d’ailleurs d’une demande de bon pour pouvoir en acheter.
Je flâne dans les rues, un peu seul peut-être, mais j’admire la ville. Le quartier de la poste est intéressant avec la poste elle-même qui est très jolie. (Je pourrais écrire des pages et des pages sur Casa). Vraiment, il n’y a pas de comparaison avec Oran qui m’a laissé une mauvaise impression.
Je rentre à midi, les spartiates neuves aux pieds et les légères pantoufles que j’avais mises ce matin dans les poches.
Je ressors à 2 h avec un passager et nous allons visiter la vieille ville indigène.
Naturellement, il y a foule. On y croise toute sorte de gens : des arabes, des juifs, des européens, dans un grouillement de défroques et de couleurs bizarres.
Nous sommes invités à entrer dans un magasin de cuir marocain. Le jeune arabe nous fait le « baratin » et finalement veut nous acheter tout ce que nous avons sur nous : chemise, pantalon, veste, cigarettes etc…Le camarade a de la peine à reprendre son cache-col que l’arabe veut échanger contre un portefeuille.
enfin, nous quittons cette boutique. Nous parcourons de petites rues pas très larges, sales, avec des souks de chaque côté. Souvent, la boutique n’a pas plus d’un mètre carré de surface. C’est simplement un renfoncement dans la muraille où l’arabe est accroupi. Dans ce cas, c’est en général un artisan cordonnier, tisserand, etc…
Les souks où l’on vend sont plus grands. Une boutique me paraît bizarre : d’un côté il y a une rangée de petits gosses, de l’autre des personnes âgées et au milieu un enchevêtrement de fils de laine, de coton et de je ne sais quoi.
Ce qui me frapper aussi, c’est à plusieurs reprises, je vois sortir les indigènes de leur boutique et à chaque fois ils mettent leurs chaussures simplement en sortant après les avoir posées à l’extérieur.
Nous flânons encore dans ces vieilles rues puis nous revenons vers la poste. Je me trouve seul.
Je rencontre une bande qui se propose d’aller à Bousbir (c’est le quartier réservé, caractéristique de Casa).
J’en suis, et nous voilà faisant la queue derrière des indigènes pour attendre le car électrique… »