
Puis nous avons pris la direction de l’Ouest, en nous guidant à l’aide de l’étoile Polaire. Nous avons fait, je ne sais combien de kilomètres mais toujours en allant à l’Ouest. Nous nous sommes arrêtés dans un autre bois, parmi les genêts, parmi les fougères, quand le jour commençait à venir. Nous sommes arrivés pas loin d’une ferme parce qu’on entendait les chiens aboyer toute la journée et les coqs chanter. On ne savait pas qu’on était si près que ça d’une ferme. Dans la journée, on croyait toujours entendre quelqu’un marcher dans le bois. On était pas trop fiers, mais on a pas bougé et personne n’est venu jusqu’à nous. Le soir, on est reparti.
Ce soir-là le ciel était couvert et on a marché plutôt au Sud qu’à l’Ouest. C’était peut-être un bien parce qu’ayant marché au Sud, les allemands continuaient à nous chercher plutôt dans la direction de l’Ouest.
Nous sommes arrivés dans un champ. C’est dans un champ de seigle cette fois là que nous nous sommes couchés. C’était un dimanche. Nous étions tout trempés, mouillés. Nous avions une toile de tente avec nous. Et comme il faisait du soleil, on se tournait, on se retournait pour se sécher pendant la journée.
Mais nous étions, sans le savoir, à côté des maisons ; les chiens continuaient à aboyer toute la journée et il y avait même un sentier qui n’était pas loin de nous puisqu’on entendait des gens marcher dessus. Mais là encore, personne n’a vu, on est pas venu jusqu’à nous.
Le soir, alors vers onze heures, on est reparti. On savait qu’on n’était pas loin d’un village puisqu’on entendait la cloche sonner dans la petite ville qui était là.
Enfin on a entendu le train. Alors comme on avait bien étudié la carte, on voyait que le train et le canal se côtoyaient ; on se disait que c’était sûrement le canal qu’on devait traverser. On devait le traverser en nageant puisque c’est un canal navigable, on était obligé de nager pour traverser…