
Le matin à l’aube nous allâmes prendre position dans des maisons du faubourg de Mons. Moi j’avais reçu l’ordre d’aller en patrouille d’observation en avant. Je partis donc avec trois hommes, mais je n’avais fait que partir qu’on me rappela, la compagnie retournant dans un autre endroit. La compagnie se rassembla alors à coté d’une briqueterie où elle resta toute la journée et où nous avons pu manger un peu de pain et de la viande abandonnée par les artilleurs qui avaient tentés de se sauver en fuyant du coté de Valenciennes.
Depuis deux jours on était sans manger presque rien. Un peu auparavant j’avais assisté au pillage d’une maison. Les propriétaires de cette maison l’avaient quittée et les soldats eurent le moyen d’entrer dedans par la fenêtre. On la fouilla de fond en comble emportant tout ce qui nous pouvait être utile : confiture, savon, chemise, chaussettes, chaussures de toutes sortes. Presque tout fut enlevé. Pour mon compte j’avais pris un peu de confiture et des morceaux de savonnettes. J’avais aussi pris une paire de chaussettes de femme et une chemise que j’avais à la fin laissée ne voulant pas prendre d’objet de trop grande valeur.
Nous étions donc à coté d’une briqueterie quand vers 2 ou 3 heures de l’après midi nous entendîmes la sonnerie du « cesser le feu ». Nous avons d’abord cru que c’était une ruse des allemands qui sonnaient eux mêmes le cesser le feu pour profiter de ce moment et entrer en ville. Mais il n’en était rien, c’était bien les clairons français qui sonnaient et que le gouverneur se décidait à rendre la ville.
Il était temps car vu les positions que nous occupions vis-à-vis des allemands il n’en serait pas resté beaucoup de nous si on avait continué la lutte jusqu’à la nuit. Beaucoup ont alors tentés de fuir du coté de Valenciennes pensant que de ce coté la route était libre, mais hélas Maubeuge était depuis déjà longtemps investie et presque tous ils ont été repris.
Le lundi 7 septembre donc vers 5 heures du soir la place de Maubeuge tombait au pouvoir des allemands, et nous, nous étions prisonniers. Nous nous sommes rassemblés alors après avoir désarmé et désapprovisionné nos fusils et sommes allés rendre nos armes à coté du fort de Leveau. Les allemands me firent d’abord une drôle d’impression en voyant leurs casques à pointe de si près mais ils ne se montrèrent pas bien méchants envers nous. Ils nous disaient même que « français camarades », mais que les anglais étaient au contraire très mal vus.
Nous rendîmes nos fusils et toutes nos cartouches, le reste de notre équipement, nos sacs, nos musettes, nos gamelles et le reste nous fut laissé. Nous campâmes dans une prairie pendant un jour et 2 nuits et ne sommes partis que le 9 de Maubeuge. Pendant qu’on était dans ce champ on est allé jusqu’à notre cantonnement de Maubeuge pour prendre les couvertures qui s’y trouvaient. J’ai pu de cette façon avoir une grande couverture à moi seul, qui fut lourde à porter sur le sac, mais qui me rend maintenant de grand service.
On nous distribua aussi du pain et des boites de conserves ainsi que le boni de la compagnie qui fut distribué à tous à raison de 2.80 les soldats et 3.80 les caporaux.