
« …Ce matin, 9 octobre, je me sens bien mieux. Il ne fait pas très bon pourtant. Je flâne en attendant de me laver. Je prends une douche « maison » à 9 h et si quelqu’un attend derrière moi comme je le crois, il doit s’énerver. Quand je sors, il n’y a plus personne. Je me promène sur les différents ponts dans la bonne fraîcheur du matin. Puis je me mets à écrire. Je déjeune tout à fait moyennement, puis me permets une petite sieste sur le pont des 1ères. Nos sommes à la hauteur d’Agadir, paraît-il. Je m’aperçois simplement que nous quittons la côte. Je fais encore un bridge puis vais écrire dans mon dortoir. Une femme et son mari viennent rendre visite à un de leurs amis. La femme est scandalisée en voyant notre installation et il y a de quoi.
Avant dîner, j’écoute la musique d’un accordéon et d’une trompette jouée par deux soldats. Ils jouent convenablement mais l’accordéon fait trop de fioritures.
Après dîner, je fais un tour sur le pont. J’écoute encore la même musique et je m’aperçois , quand un camarade vient me chercher pour jouer au bridge, que nous filons à l’ouest. Cette constatation m’est fournie par l’étoile polaire. Je joue au bridge avec ardeur. je me sens tout à fait bien et avant de me coucher je savoure la fraîcheur de la nuit sur le pont des 1ères.
Un bruit infernal me réveille à 6 h 1/2 : les soldats grouillent sur le pont au dessus. Ils font leur toilette sans doute et les baquets d’eau et je ne sais quels gros ustensiles tombent, trébuchent et se renversent. Dans mon demi sommeil, j’aperçois au loin à travers le hublot un convoi qui part vers la France. A ce que je vois, c’est un convoi de quatre bateaux. Je ne me lève qu’à 8 h. Je déjeune voracement. J’ai faim. Puis jusqu’à 10 h j’ai peine à me laver et je réussi à me couper deux fois en me rasant.
Dehors, il fait une journée splendide : chaud au soleil, bon à l’ombre. Je mets un short. Beaucoup de passagers en mettent aujourd’hui. Le casque fait sa timide apparition aussi. Je trouve qu’il n’est pas encore nécessaire. La matinée se passe comme par enchantement et un camarade m’étonne en m’annonçant que nous sommes au samedi. A bord, nous n’avons aucune notion du temps. Je ne sais pas où l’on est sur la mer non plus. Les côtes ne sont pas visibles. Demain soir nous serons sans doute à la hauteur de Canaries. Je me change pour déjeuner à midi. Je tente une petite sieste après le repas mais je n’ai pas encore envie de dormir. Je lis un peu en bavardant et en contemplant la mer. Notre lenteur est mortelle et la mer est toujours calme, presque d’huile. par moments, des marsouins font une apparition avec leurs bonds souples et lents. Un gros filin de pêche traîne derrière le bateau mais rien ne mord. Je fais encore mon bridge quotidien. Le temps passe beaucoup plus vite comme cela. Aujourd’hui, nous jouons au contrat… »