
Pendant 2 jours nous restâmes alors pour nous réorganiser. Nous avions perdu notre chef de section, le regretté adjudant A., qui fut atteint de 2 balles au ventre ; nous eûmes alors comme chef de Section le sergent major qui ne nous plaisait pas beaucoup. La nuit, le bombardement de Maubeuge était terrible. 2 ou 3 forts avaient déjà été détruits.
Un matin en me levant, comme je couchais au rez-de-chaussée et que les chambres étaient occupées par des officiers, un de ces officiers, un gros bonhomme qui avait été lancé quelques mètres en l’air par un obus au combat du 1er septembre et qui resta évanoui pendant plusieurs heures, nous dit qu’il admirait notre sommeil tranquille pendant un tel bombardement, alors que lui il avait été obligé de découcher et d’aller se réfugier dans une cave. Il nous appris que pendant la nuit la ville avait pris feu et que l’arsenal avait sauté.
Nous voyions bien que Maubeuge ne pouvait plus tenir bien longtemps. Nous quittâmes enfin notre cantonnement pour ne plus y retourner nous coucher, le vendredi 4 septembre. Nous restâmes pendant toute l’après midi au parc d’artillerie à la porte de Mons ; et le soir nous allâmes nous coucher dans une ferme à côté du champ d’aviation. Là nous nous couchions les uns dans une grange pleine de paille, d’autres sur de la paille dans la cour, d’autres enfin ne se couchait pas du tout craignant que des obus seraient tombés sur la ferme et les auraient ensevelis sous les décombres de cette ferme.
Le 5 septembre au matin, on nous envoya chercher des pelles et des pioches dans les maisons voisines et on nous mis ensuite à faire une tranchée dans un champ à coté. Pendant que nous creusions la tranchée, la grosse artillerie allemande qui fait plus de peur qu’elle ne fait de mal, mais qui est terrible comme engin de destruction avec ses obus de 420 mm, ne cessait ne tirer sur le terrain d’aviation. Parfois les obus venaient à tomber tout près de notre tranchée, nous obligeant à nous coucher tous dans la tranchée. D’autres enfin passaient au-dessus de notre tête faisant un bruit presque semblable à celui d’un aéroplane et allaient tomber sur la ville.
Une fois la tranchée finie nous retournâmes manger à la ferme où les cuisiniers nous avaient préparés du riz cuit avec de la graisse que nous n’avons pas pu manger. On n’entendait que le grondement du canon. Les cuisiniers craignaient qu’un obus quelconque serait tombé dans leurs marmites ce qui fut la cause que nous avions mal mangé ce midi là. L’après-midi il fallut occuper la tranchée que nous avions faite le matin.
Personne ne voulait y aller, finalement on désigna le 1er peloton duquel je faisais partie pour aller l’occuper.