
« …L’après midi est pénible ; l’accès de la coupée est impossible. Tout le monde se précipite car il y aura des queues à faire à la douane et à la police de navigation. Alors on commence par la queue à la coupée. J’y renonce et je vais m’allonger sur ma couchette.
Sur le pont avant, les soldats et marins prennent toute la place aussi et j’ai de la peine à me frayer un passage jusqu’à mon faux pont. je descends enfin à 3 h ; je passe à un guichet de je ne sais quoi. A l’entendre parler, je devine un breton. J’entame la conversation. Il m’explique qu’il faut une autorisation de l’Amirauté pour monter à bord d’un bateau de guerre. Comme je dois voir un jeune homme à bord, je lui fais donner un rendez-vous.
Ici, les marins ne s’embêtent pas. Il y a beaucoup de pécheurs et la plupart donnent du poisson aux marins. La sentinelle, par exemple, me montre dan sa guérite un superbe thon. Le marin de la vedette qui nous a accosté à l’entrée du port se permet de foncer après un pécheur qui rentre et d’en ramener un thon et une raie. Il a déjà une petite réserve.
La sentinelle se permet d’arrêter un homme sans autorisation. Puis je m’en vais essayer de sortir. Il n’y a pas grand monde et je sors sans encombres à 5 h.
La surveillance du port est stricte.
Enfin je suis en ville ; je passe devant les souks ; puis comme tout le monde je vais essayer de manger des gâteaux de pâtisserie. Malheur à moi ! Je n’ai pas d’argent marocain.
J’essaye d’en faire changer dans plusieurs maisons, mais rien. Je suis réduit à me promener dans les rues.
Mon impression de Casablanca est très bonne.
En revenant, je mange à bord à 7 h, je passe dans les souks et achète un portefeuille et une parie de babouche et là, on me prend mes billet d’AOF (nota : Francs AOF = Francs Afrique Occidentale Française).
Si j’avais su, j’y aurais passé en sortant.
En passant les grilles du port, je longe une file d’arabes qui attendent pour sortir. Ce sont les travailleurs du port qui passent tous devant deux gendarmes indigènes. Ils sont fouillés, battus à coup de cravache.
Rien ne doit passer. Quelques uns portent des bouts de bois ; un coup de cravache sur les main les fait se débarrasser de leur petit fardeau. Pauvres indigènes ! Ils sont maltraités : il paraît qu’il le faut, cependant.
Au bas de l’échelle, le douanier me laisse péniblement passer ma paire de babouches.
Après dîner, je reste à bord discuter avec ces dames puis m’en vais me coucher de bonne heure… »