Alexandre, Chapitre 20, Départ pour l’Allemagne

Le 9 au matin on nous mis en marche pour aller prendre le train, à destination de l’Allemagne. Sur notre route nous avions passé dans des bourgs et des villages complètement détruits par l’incendie et les obus. Des troupeaux de vaches se trouvaient dans des champs, presque tous tués, et répandait une odeur infecte dans tout le voisinage. Les habitants étaient tristes et abattus. De leurs maisons il ne restait plus que quelques pans de murs que les obus avaient épargnés. Et c’était ainsi à 10 Kilomètres à la ronde autour de Maubeuge.

Nous arrivâmes enfin à Jeumont, dernière ville Française que nous avons passé. Là, le dégât n’était pas aussi grand. Les allemands y étaient nombreux et faisaient la fête, fouillant toutes les caves, et emportant toute la boisson qui s’y trouvait. Ils allèrent nous en chercher aussi et je me rappelle avoir eu un demi quart d’amer–picon avec un gros allemand qui distribuait à tous ceux qui se trouvaient à coté de lui. Je mis cet amer-picon dans mon bidon qui me fit une bonne boisson avec de l’eau.

Un peu plus loin nous arrivâmes à Erquelines, première ville Belge. Là, la situation est la même qu’à Jeumont. Les allemands nous distribuâmes du tabac et des allumettes par poignées qu’ils prenaient dans les maisons. Là aussi on nous distribua du pain, mais du véritable son que nous autres français nous ne pouvions pas manger. Cependant les allemands qui nous escortaient en avait eu du même et nous nous demandions si nous allions être continuellement nourris de la sorte.

A Erquelinnes on fit un train de prisonnier mais nous sommes encore allés plus loin. Nous avons marché jusqu’à une autre petite gare où l’on n’a pas encore pu nous embarquer, et où nous avons été obligés de bivouaquer dans un champ à coté d’un bois.

Le lendemain on nous remis en marche pour aller embarquer dans une autre gare. Il pleuvait. Nous fîmes une dizaine de Kilomètres et nous nous arrêtâmes dans un champ à coté de la gare d’Estinnes. Dans ce champ, nous sommes restés environ une heure. J’avais faim, la boule de son que nous avions touchés à Erquelinnes, je l’avais donné à un autre qui crevait de faim et il ne me restait plus que quelques biscuits que j’avais conservés dans mon sac. Heureusement sous une gerbe de blé où j’étais assis j’ai trouvé une demie boule de pain de seigle qui était sans doute abandonnée par d’autres qui étaient venus s’embarquer avant nous, et qui n’ayant jamais mangé du pain de seigle n’ont pas voulu l’emporter. Moi, en bon mangeur de « Barazigal », je m’en suis fait un régal.

Nous devions nous embarquer là, et avant de partir, on nous distribua une livre de pain de seigle à chacun. Et on nous permis de remplir nos bidons d’eau. Nous montâmes dans des wagons à bestiaux aménagés exprès et pouvant contenir 40 hommes. Sur les wagons était écrit en allemand des inscriptions concernant Paris de la même façon que nous mettions pour Berlin et Guillaume quand nous venions à Maubeuge.

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