
« …Des petits bateaux de pêche se montrent près de la côte.
Notre escorteur a pris les devants et nous ouvre la route. J’apprends que c’est Port-Etienne que nous venons de passer.
Je déjeune convenablement ce midi. En revenant sur le pont, je vois notre escorteur qui revient de la direction de Port-Etienne. Je m’aperçois aussi que nous sommes flanqués d’une deuxième sous-marin.
Je fais la sieste dans un « transat ». Puis nous cherchons un quatrième pour faire le bridge. Le quatrième habituel va à l’office pour les gâteaux ou la loterie, je ne sais pas exactement. Nous bridgeons jusqu’à 6 heures. Entre temps, dans la salle à manger des secondes, le médecins militaires font un ballet qui a du succès. Je monte écrire.
En venant dîner, je passe à l’arrière. Les soldats arrangent leur scène et il y a déjà du monde sur les ponts au dessus. Je me hâte de finir mon repas. J’expédie le dessert et le café et j’ai la joie de trouver un fauteuil en osier et je ne suis pas mal placé. Le vent vient de la scène qui se trouve être le toit de la cale arrière. Les soldats y sont accroupis. Les blancs d’un côté, les noirs de l’autre. A 8 heures 1/2 commence la soirée, présentée par un lieutenant.
D’abord ce sont des chansons de la France, faciles et paresseuses. Les chanteurs ne sont pas épatants mais il faut leur pardonner. Puis viennent des chansons de province : Nord, Est, Bourgogne, Auvergne, Gascogne, Pyrénées, Provence. Ils ont oublié la Bretagne. J’en suis vexé.
« Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine » déchaîne des tempêtes d’applaudissements. Ça fait plaisir.
C’est le tour des noirs. Ils sont 4 ou 5 à faire des exhibitions. Ils sont formidables de souplesse. Celui qui a sauté sur la tête et les avant-bras se fait encore applaudir. Quant il s’agit de faire des danses de chez eux, ils ne s’entendent pas. Sur ce, il chantent « Maréchal, nous voilà » et la Marseillaise.
C’est la fin. Avant de me coucher je fais une promenade sur les divers ponts. La fête a été moyenne. C’est ce qu’il fallait escompter… »