
L’on parle toujours d’un échange de Prisonnier. Le 22 on nous annonce que les allemands allaient nous prendre nos sacs. Plus que jamais on parlait alors que nous allions partir. Nous touchâmes aussi du pain pour 2 jours qu’on nous donnait nous disait-on en prévision des fêtes de Noël. Bref, on se le demande tous les jours si nous allons partir bientôt.
Mathurin R. nous a dit que le départ devait se faire dimanche 27. Le 23, notre rapport nous dit que l’Italie menaçait de déclarer la guerre à l’Autriche et que celle-ci demanderait la paix dans le conflit actuel. On nous a lu aussi un appel du général Joffre, adressé aux troupes françaises, dans le terme duquel il disait que l’heure était venu de marcher en avant pour débarrasser le sol de notre patrie de l’envahisseur allemand et qu’il comptait sur la bravoure et l’énergie de tous pour accomplir cette tâche.
L’Exposition bat son plein. L’adjudant de ma baraque m’a donné un billet d‘entrée pour la visiter. C’est admirable de voir le beau travail fait par les français sans avoir pourtant aucun outil spécial. On y voit de beaux tableaux décoratifs rappelant la vie du camp, des aéroplanes, des autos, des bateaux, des ouvrages sculptés de toutes sortes etc …
Voici maintenant Noël, il y a messe de minuit mais étant un peu enrhumé je ne suis pas allé. Ce fut un Noël triste. Surtout pour ceux qui n’avait pas de sou pour se payer quelques quarts de thé ou de chocolat et un morceau de pain blanc. Plusieurs sont à la messe et ont même confessé et communié. Il faisait froid, il gelait toutes les nuits aux environs de Noël.
Pour le premier de l’an nous avions formés le projet de faire une petite fête entre nous, ceux du pays. Un certain caporal Tanguy, de St Mayeux, avait promis de faire entrer une bouteille de Rhum dans le camp. La bouteille aurait couté 8 f ; nous l’aurions bu et payé entre 16 de sorte que nous aurions pu boire un coup de boisson, ce que nous n’avions pas vu depuis le mois de septembre. Le 31 décembre au soir, nous nous sommes donc réunis, avec l’espoir de faire la bordée. Mais hélas, la bouteille n’est pas venue. Et les 8f que Tanguy avait donné d’avance sont parait-il perdus. Nous avons donc du nous résigner à boire de l’eau et quelques quarts de thé.
Le 1er Janvier j’ai pu cependant faire un peu de chocolat dans le poêle qui se trouve dans chaque baraque et j’ai invité P. et D. à venir prendre chacun un quart avec moi. De temps en temps nous pensions au pays et nous disions que tout triste était pour nous de passer le jour de l’an ici il ne devait pas non plus y avoir beaucoup de gaieté au pays.
Le 1er Janvier j’ai reçu une lettre de L. qui me fit grand plaisir. Je n’en avais pas reçu depuis longtemps, malgré que j’écrive assez souvent.