
Le 1er de l’an passé, le découragement nous pris tous, nous apprîmes successivement la défaite des russes à Lodz et un échec français à Soissons. L’échange des prisonniers fut reconnu comme impossible et nous vîmes notre captivité s’allonger d’un coup de plusieurs mois. On nous parlait souvent des renforts anglais qui étaient prêts mais qui ne seraient venus très probablement qu’au mois de mars. Il était souvent question aussi de l’Italie mais cette dernière ne semble pas être disposée à se battre tout de suite. Nous concluions donc que les grandes opérations ne vont pas recommencer avant le mois de mars, ce qui nous conduira fatalement jusqu’au mois de Juin ou Juillet ou plus tard.
Entre temps je reçois une lettre de mon frère Yves Louis laquelle m’apprend qu’il est incorporé au 71ème d’Infanterie. Je vis tout de suite le vide qui se faisait de plus en plus au pays et la difficulté que mon père allait avoir à s’occuper de 3 fermes. Je reçu enfin des nouvelles de ma femme ainsi qu’un colis d’effets et un mandant de 25 f. J’écrivais normalement tous les 10 jours mais je vis que mes lettres tardaient beaucoup en route.
L’adjudant de ma baraque me permit même d’écrire 3 cartes en plus de mon compte, que j’ai adressé à Emile, à mon père et à mon oncle Casimir. Mon groupe peut à présent écrire 3 cartes par mois tandis que les autres en général ne peuvent écrire qu’une fois.
La cantine ne vend plus de pain. Elle a vendu seulement pendant 2 jours du pain de seigle qu’il vendirent 20 sous les quatre livres. Mais vers la fin de janvier nous apprîmes que les gouvernement allemand avait ordonné la saisie de tous les blés en Allemagne, ce qui nous expliqua la crainte qu’avait le gouvernement allemand d’avoir un manque de pain. Depuis le 20 Janvier environ nous n’avons donc pas eu de pain à la cantine.
C’est alors que le Colonel du camp nous autorisa à demander du tabac et des conserves de France. Plusieurs ont télégraphié et ont reçu des colis contenant du pain, du chocolat, du tabac et des conserves. J’appris qu’on avait mis aussi sur les journaux en France que l’on pouvait envoyer des colis de victuailles aux prisonniers. Il y en avait même qui avait reçu du pain sans en avoir demandé, de mon coté j’attendais tous les jours un colis de ce genre, car d’effets je n’en voulais plus puisqu’on nous en distribue tous les jours. Mais en vain car je ne reçus rien.
Plus heureux que moi R. en reçu un contenant du pain, du saucisson du chocolat, du beurre etc … Je résolus alors d’écrire pour m’en envoyer, ce que j’ai fait le 27 janvier. Mais à regarder la lenteur que les lettres mettent à aller, je ne pense pas recevoir de colis avant le mois de mars. J’avais reçu dans le courant de janvier une lettre de ma soeur Louise m’annonçant la naissance de ma petite fille le 9 Janvier. Aussi j’attendais encore une autre lettre de ma femme qui m’aurait peut-être donné de plus amples renseignements sur cela mais j’attendis longtemps sans en recevoir.
Je reçus enfin vers le 12 Février une lettre sous le nom de ma femme mais qui était réellement écrite par ma soeur Louise. J’ai alors pressenti qu’elle à été bien mal après cela et qu’elle n’était pas encore bien remise.
Fin du manuscrit…
Le carnet manuscrit de mon grand-père paternel, Alexandre Gildas NICOLAS se termine ainsi, assez brutalement. Mais il contient, en annexe, quelques dates et le texte des chansons écrites spécialement au camp de Friedrischfeld. En voici, dans le chapitre suivant, la transcription, fidèle, ainsi qu’un florilège de quelques images d’époque.
Ce n’est toutefois pas fini et l’aventure va continuer…