
En arrivant au bord de la Meuse, Doriat, mon camarade d’évasion, est tombé à genoux. « Ah, bon Dieu qu’il dit, si je savais une prière, j’en dirais une, mais je ne sais pas ! ».
Il était tellement content d’avoir atteint la Meuse puisqu’on était sûr d’être en Hollande. Et là, on va trouver les habitants, et puis on va dans la première maison qu’on trouve.
On dit qu’on était des prisonniers français évadés. Là, nous avons été très très bien accueillis. On nous a donné des effets de rechange, des chaussettes, des chemises … tout changé, parce qu’on était mouillés des pieds à la tête. On nous a donné du café … Enfin, nous avons très bien été reçus.
Nous avons essayé de payer. J’avais dans mon gilet – un petit gilet que j’avais apporté de la maison – j’avais un peu d’argent. Dans le collier, j’avais deux pièces de 20 francs que j’avais cousues dans mon gilet. Je les avaient gardées parce qu’on nous fouillait en Allemagne ; on enlevait les pièces d’or ; mais celles-là, j’avais réussi à les garder. Je voulais payer, mais les gens n’ont pas voulu. Ils disaient que c’était le consulat Français qui leur paierait le tout, s’il y avait quelque chose à régler.
On nous demandé si nous étions décidés à partir en France ou si nous voulions rester travailler en Hollande. Alors nous avons répondu, puisque nous étions venus pour aller en France, on allait continuer, on allait retourner en France. Nous avons demandé à voir le consulat français.
Les autorités hollandaises qui étaient aussi mobilisées quand même : il y avait de la troupe qui gardait aussi la frontière. Mobilisés en partie… J’entendais quelqu’un dire « Ah ! Russland ! » : j’avais un bonnet fabriqué avec ma couverture française qui était un peu couleur rousse…