
Je me trouvais avec mon Escouade dans une chambre d’un estaminet tenue par les époux D. Notre chambre était pavée avec de la brique, et nous avons tous couché sur ce pavé sans paille ni rien, pendant 2 ou trois jours. Nous touchâmes petit à petit de la paille, des paillasses, et des couvertures. Pendant quinze jours nous avons mené une assez bonne vie ; on ne se figurait pas à la guerre ; nous allions presque tous les jours à l’exercice ou on faisait des travaux de défense autour de Maubeuge : faire des tranchées, des réseaux de fil de fer, abattre des arbres et des haies. etc …
L’on se croyait solide à Maubeuge. On se disait que les Allemands n’y seraient jamais rentrés, d’autant plus que l’on croyait qu’ils ne seraient jamais venus jusqu’en France. On ne s’emmerdait pas donc de trop : nous avions de la bière assez bon marché, et du tabac Belge qui ne coûtait pas non plus bien cher. Entre temps j’avais attrapé deux jours de prison pour être allé boire de la bière pendant les travaux ; c’était la première fois que j’étais puni de prison.
Comme nous étions beaucoup de Bretons, on se réunissait presque tous les soirs après la soupe pour causer ensemble, boire quelques choppes de bière, et savoir qui avait reçu des lettres du pays. C’était presque notre principale occupation, de savoir comment marchaient les choses en Bretagne. Mais les lettres se faisaient rares ; moi je n’en avais reçu aucune, et j’avais pourtant écrit presque tous les jours.
On causait aussi de la guerre et de la durée qu’elle aurait pu avoir. On lisait les journaux tous les jours, qui nous annonçaient toujours de grands succès français en Alsace et aussi en Belgique. Nous ne croyions donc pas que nous aurions eu à combattre contre les Allemands, étant attachés à la défense de Maubeuge. Le camarade Louis Le C. avait même parié avec moi une bouteille de Champagne que la guerre serait finie pour le 20 septembre au plus tard.
Tout cela dura jusqu’au 24 août.