Alexandre, Chapitre 10, Première vision des combats

Notre mission était terminée, du moins on le croyait. Nous retournâmes en arrière pour rentrer à Maubeuge. On marchait en colonne par quatre sur la route quand soudain nous entendîmes une canonnade dans les bois de Quévy. Nous retournâmes les yeux de ce côté et nous aperçûmes bien le feu sortir du canon quand le coup partait. Si jamais ils avaient dirigé leur feu sur nous qui étions en colonne par quatre sur la route et sur une hauteur complètement à découvert, quelle salade qu’il aurait fait de nous !

Nos officiers avaient l’air de se douter de rien. J’ai même entendu un capitaine qui passait à coté de moi dire : « Ah ! Voilà notre « 75 » qui va leur fo…. un bon coup ». Nous continuâmes donc tranquillement notre chemin pour nous arrêter à 2 kilomètres de là.

Nous étions à peine arrêtés que nous vîmes arriver, tout haletant et en désordre, des groupes de soldats de la 13ème et 14ème Compagnie qui fuyaient vers Maubeuge à toute vitesse. Aux questions que leur posa le capitaine de notre compagnie, ils répondirent que presque toute leur compagnie était détruite et que les allemands les poursuivaient. C’était en effet sur ces compagnies qui s’étaient avancées trop loin que des canons allemands, et des tirailleurs allemands retranchés dans le bois que j’ai mentionné plus haut, tiraient, alors qu’un de nos capitaines nous disait que c’était notre « 75 » qui leur foutait un bon coup.

Notre compagnie s’est alors formée en tirailleur et s’est mise à devoir protéger la retraite du reste du régiment et d’arrêter si possible les allemands. Nous sommes restés là pendant 2 ou 3 heures, les attendant avec anxiété. Mais ils n’y sont pas venus ; ils n’ont pas voulus s’exposer au feu du fort de Levau qui était tout près.

Nous retournâmes donc le soir à Maubeuge. C’est alors qu’il fallait entendre causer ceux de la 13ème et de la 14ème Compagnie. Mon ami Louis Le C. me raconta les péripéties de cette journée qui coûta la vie à une vingtaine et fit une cinquantaine de Blessés. Louis Le C. faisait partie de la 14ème Compagnie qui était engagée. Il me dit qu’ils marchaient en tirailleurs dans la plaine quand soudain à deux cent mètres d’eux partit une fusillade du bois. C’étaient des allemands qui leurs tiraient dessus ! Surpris par cette attaque si brusque, ils ont battu en retraite en désordre chacun par les endroits qu’il choisissait lui- même.

Cette journée fut marquée cependant par quelques beaux faits d’armes tel qu’un chasseur tuant à bout portant le fils du prince de Saxe et mettant en fuite une patrouille de plusieurs cavaliers. Le lendemain 27, la 17ème Compagnie à pris les avants postes ; le reste du régiment avait repos.

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